Transitions

Le projet de // Transitions porte sur les humanités numériques, associées aux digital methods, qui interrogent toutes les fonctions de la communication, qu’il s’agisse des pratiques de production de l’information, de sa matérialité sémio-discursive comme des modalités de sa réception.
Parmi toutes les problématiques contemporaines de la transition numérique, la multiplication des données ne permet plus de méconnaître le drame socio-écologique dans lequel est engagée la planète humaine [Guattari]. Se trouve sérieusement discutée la possibilité même de transmettre ce legs à nos descendants. Une compétition est en conséquence ouverte entre la production de données, d’information, de savoir, de connaissances et toutes les nouvelles plasticités, innovations et créativités induites d’une part et leur interprétation performative dans un nouveau contexte technico-scientifique et en fonction de nouvelles coordonnées géopolitiques d’autre part.

Au sein de l’anthropocène ─ cette nouvelle définition du contexte pour lequel l’humain apparaît d’une part, comme son propre produit et d’autre part, comme le facteur principal de transformation d’un environnement qui n’est plus donné ou à transmettre ─, la transition socio-écologique des territoires détermine des pratiques innovatrices de recomposition de subjectivités individuelles et collectives. Ainsi la perspective d’une société data-centrée génère de nouvelles polémiques qui méritent d’être instruites. A l’heure d’une pensée mondialisante qui définit de nouvelles limites et possibilités, transition numérique et transition socio-écologique des territoires invitent en conséquence à une reterritorialisation des problématiques et des polémiques entre producteurs et récepteurs.

Notre projet scientifique entend donc étudier le rapport de la transition numérique à la transition socio-écologique des territoires à partir de trois champs :

– expliquer comment les transitions numérique et socio-écologique se trouvent surdéterminées par la production de valeurs affectées aux territoires, dans le cadre des humanités numériques. Cela suppose que soient décrites les interactions diverses entre journalistes, experts scientifiques, médiateurs et autres acteurs du territoire à partir de la circulation des énoncés, informations et données reliées.
– étudier l’Ecole (y compris l’université) comme résultante d’un faisceau de déterminations déplaçant les frontières du savoir et de la production de connaissance au sein d’une société data centrée.
– examiner les communautés en ligne (comportement de publics médiatiques, d’acteurs des industries culturelles, de groupes d’experts ou de professionnels, d’ONG ou de groupes citoyens) selon les mêmes méthodes : une pluralité et une circulation des points de vue des chercheurs et des résultats de méthodes différenciées pour comprendre la circulation des énoncés-données (les “écrilectures”) et les querelles médiatiques, pédagogiques, institutionnelles associées à leur représentation.

A partir de ces champs, ce sont de nouveaux modes de pensée, d’usages et de logiques apprenantes et coopératives via ou autour de dispositifs numériques qui sont décrits. La transition numérique va, par exemple, s’exprimer souvent dans des contextes complexes de controverse scientifique, entachée de « green-ethical-social washing » ou encore dans le cadre d’innovation technique, sociale voire citoyenne. Elle peut aller jusqu’à mobiliser de nouvelles humanités environnementales et radicalités politiques. Ce questionnement est alimenté par les recherches plus spécifiques conduites par les membres de l’équipe sur la circulation des savoirs, la production de connaissance, les pratiques professionnelles d’information et de communication, l’analyse des discours d’acteurs, les pratiques de réception. Des méthodologies distinctes, les unes plutôt quantitatives, les autres plus qualitatives, sont utilisées conjointement et de manière complémentaire, éventuellement confrontées les unes aux autres.

Le traitement de ces objets de recherche constitue un enjeu et une nouvelle opportunité de dialogue entre des approches théoriques et méthodologiques jusqu’ici relativement étanches. Ce dialogue, inscrit déjà depuis plusieurs années au sein des humanités numériques, peut s’appuyer sur les travaux des chercheurs de notre équipe dans les champs de l’information literacy comme dans celui de land literacy. Des « techniques intellectuelles », distinctes mais connectées, sont ainsi discutées. D’un côté, humanités numériques et digitals methods sont dissociées pour tenter, à partir du pli constitué, de dessiner les coordonnées du nouveau Sujet (au sens des Lumières) issu de la transition numérique. De l’autre, l’utilisation des outils d’agencement informationnel permet de comprendre la redocumentarisation des territoires. Par la confrontation de ces deux mouvements, il s’agit de comprendre comment les transitions numériques prennent corps, déplacent des frontières et génèrent des effets sociaux pour ou par la transition socio-écologique des territoires. Si nos recherches se situent au sein du paradigme des humanités numériques et participent des digital methods, elles refusent en somme d’en poser l’équivalence.

Voici donc tout l’enjeu des projets de recherche à dominante appliquée, par essence confrontante et impliquante, menée par notre équipe avec ses partenaires académiques et territoriaux.