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Projet en cours

« Agneau de Sisteron », biodiversité et circuits courts : des labels bio et de qualité dans la restauration scolaire ?

Aujourd’hui déjà, dans nos assiettes, la moitié de l’agneau consommé n’est pas français et provient de contrées situées parfois au bout du monde, comme la Nouvelle-Zélande. Encourager une alimentation durable et responsable, c’est promouvoir non seulement une agriculture saine et écologique mais aussi locale. Or, la filière ovine française a payé au prix fort l’ouverture du marché aux importations, perdant la moitié de son cheptel et le tiers de ses producteurs en 30 ans. La survie de cette filière se pose donc avec acuité. Conscient de l’enjeu, l’Etat a réuni les organisations agricoles au sein des Etats Généraux de l’Alimentation et a fait voter, le 30 octobre 2018, la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous.


L’Etat veut relancer la production et la consommation des denrées locales par la demande publique. A cette fin, la loi stipule que la restauration collective doit, d’ici le 1er janvier 2022, intégrer 20% de denrées
bio et/ou jusqu’à 50% de produits porteurs de signes liés à la qualité et à l’origine (SIQO). Concernant l’élevage, le plan de la filière ovine française préconise de doubler, d’ici cinq à dix ans, la production de viande ovine de ce type, celle-ci étant aujourd’hui très marginale (respectivement 5,5% et 17%). La finalité est double : préserver les pratiques pastorales respectueuses de la nature et répondre à la demande sociale d’affichage et de traçabilité des aliments. La gageure est alors d’augmenter de façon significative la production d’ovins de qualité sans nuire à la biodiversité et sans accroître l’artificialisation des sols.


A l’heure où une concurrence mondialisée tire les prix et la qualité de la viande vers le bas (ce qui s’est traduit mécaniquement en 10 ans par la disparition du quart des petits élevages de la région PACA), l’Etat mise donc plutôt sur une montée en gamme des produits pour promouvoir une alimentation durable. Et, afin que celle-ci soit accessible à tous, il impose des quotas à la restauration collective pour obliger les marchés publics alimentaires à s’engager vers une consommation responsable. Notre projet se propose d’approfondir la thématique 2 de l’appel à projet de l’ADEME, dédiée à cette question, en se centrant sur la valorisation de la viande d’agneau labellisée dans la restauration scolaire. A cette fin, on réalisera
une enquête sociologique auprès des maires ainsi que le suivi de deux projets alimentaires territoriaux. La loi sur l’alimentation durable ouvre un marché qui offre une réelle opportunité de débouchés pour les éleveurs locaux. Encore faut-il qu’ils puissent être en mesure de s’en saisir. Notre projet se propose d’en appréhender la faisabilité au sein du territoire qui constitue le berceau historique de l’élevage ovin français, à savoir la zone du sud-est de la France couvrant la Provence, l’arrière-pays niçois et la Drôme méridionale. Cette entité géographique, dominée par le climat méditerranéen, correspond au périmètre de l’IGP « Agneau de Sisteron », l’Indication Géographique Protégée étant réservée aux produits du
terroir qui ont été reconnus d’intérêt général par l’Union européenne pour leur qualité. Il ne s’agit donc pas d’une marque mais d’un label visant à protéger le patrimoine agroalimentaire national, au même titre que celui de « Agneaux Biologiques », du Label Rouge ou des qualifications comme « fermier », « montagne » etc. Reste la question du coût. Comment des produits chers pourraient-il être accessibles à tous ? L’association César, organisme de défense et de gestion de l’IGP, estime que c’est envisageable
en raison du caractère saisonnier de la consommation, très concentrée sur la période de Pâques. La restauration scolaire pourrait ainsi bénéficier de prix avantageux pendant les périodes de faible demande.
Au-delà des aspects économiques, notre projet a pour but d’étudier les enjeux d’ordre public que soulève la stratégie de transition écologique de l’Etat. Il ne s’agit pas d’appréhender les pratiques alimentaires
individuelles des consommateurs mais les changements impliqués au niveau de la vie publique. D’un côté, en effet, l’Etat veut dynamiser la filière ovine par le biais de la restauration collective et, d’un autre
côté, il renforce sa politique de préservation des loups, espèce strictement protégée. Il s’ensuit un conflit loup/pastoralisme entre deux exigences de développement durable qui semblent incompatibles : comment
accroître l’élevage ovin sans exposer davantage les moutons à la prédation lupine ? Comment ne pas aggraver les antagonismes, déjà virulents, qui existent entre les parties prenantes en présence : préfet, éleveurs, maires, chasseurs, agents des parcs naturels, écologistes ?

Porteurs : URE Transitions (Anne Lalo), IMREDD Nice (coordonnateurs), Laboratoire Géoazur, Cnrs, Laboratoire Ruralités, Université de Poitiers, Ecole Normale Supérieure de Lyon, Association César Organisme de Défense et de Gestion de l’Agneau de Sisteron, Réseau PACA Agenda 21 Engagement des maires pour le Développement Durable, Association Un Plus Bio.